Publié par Perriline le 10 juin 2011 dans
Les petits riens [blablas]
Bonsoir à tous,
C’est un petit retour sur le monde des blogs que j’opère. Tout d’abord, je tiens à m’excuser auprès de vous pour ce long temps d’absence lié au fait qu’il y a pas mal de changement dans ma vie. Pas d’inquiétude, rien de grave mais certaines choses ont exigé un grand investissement de ma part et l’écriture est passée au second plan.
Aujourd’hui, je reprends doucement les histoires écrites pour les corriger en profondeur et pour certaines, les terminer. Je ne promets pas une production régulière, les recherches pour mon mémoire et d’autres travaux me prenant beaucoup de temps mais d’essayer de faire une écriture ayant d’une qualité correcte.
Merci à vous.
Bises
Publié par Perriline le 14 juin 2010 dans
Les landes de la veangeance [en cours]
Qu’est-ce qui était le pire en ce moment ?
D’avoir à l’arrêter ou de veiller à l’hôpital. Caith ne savait pas, préférant se trouver à des milliers de kilomètres de là. Mais pour le moment, il attendait assis sur une chaise de fer fort inconfortable que le chirurgien sorte du bloc opératoire et lui donne des nouvelles. Son cœur battait encore à tout rompre des événements de l’heure précédente. Les yeux rivés sur la double porte à battants verte, il essayait de se remémorer le déroulement des faits auquel il aurait dû voir quelque chose venir.
Tout avait commencé le samedi, après être revenu du village de Felkac où les paroles de l’institutrice commençaient à mettre le doute dans leur esprit. Une fois leur entretien terminé, les deux inspecteurs avaient filé droit au village de Deskinac pour vérifier les dires de la jeune femme et les liens entre les différentes personnes impliquées. Tout était dans l’idée de départ de Caith, ce n’était qu’une vaste histoire de coucherie aux conséquences douloureuses et pleine de haine.
La voiture manqua de peu de faire un bond en avant tant James pila devant la clôture de pierre de l’église. L’arrivée distraite était manifestement ratée et c’était loin de ce que cherchait à faire James, furieux comme tout et tous, mais en plus contre lui-même. Il n’avait pas écouté Caith et en même temps, il l’avait trop écouté. Dire que tout était devant son nez. Ils n’étaient même pas sortis du véhicule que déjà le responsable de la paroisse venait à leur rencontre, alerté par le bruit et fut très surpris de voir à nouveau l’inspecteur de police enquêtant sur les récents meurtres avec une tête qui en disait long sur son humeur du jour. La personne l’accompagnant lui disait vaguement quelque chose sans arriver à comprendre où il pourrait l’avoir vu, la mémoire des personnes lui faisait toujours défaut, un comble pour un homme d’église censé aider les paroissiens.
- Bonjour, commença l’homme d’église. Que puis-je faire pour vous ?
- Où est la femme ? Demanda abruptement James.
- Laquelle ?
- Celle de la dernière fois.
James était tellement sous le coup de l’énervement qu’il n’arrivait plus à faire ses phrases correctement, en prenant en compte que la personne en face de lui pouvait ne pas comprendre de quoi il parlait.
- Il parle de la tombe de Guenièvre O’Donaill, dit calmement Caith qui jugea bon d’intervenir.
Sur le coup, le prêtre resta interloqué, ne voyant pas de quoi il était question avant que cela lui revienne à l’esprit. Il pria les deux hommes de le suivre à travers ce petit domaine de piété, mais surtout dans le petit cimetière attenant, petit bijou de verdure et de calme.
- Il était clair pour lui que c’était le lieu rêvé pour le repos éternel, pensa tout haut Caith.
Il s’en suivit un petit rire discret de la part du prêtre tandis qu’il les guidait entre les tombes afin d’arriver à celle qu’ils voulaient. Dans le petit vase posé sur l’herbe devant la pierre, les fleurs avaient été changées. Les ancolies et la branche de fleurs d’aubépine n’étaient pas les mêmes que lorsque James avait vu. Quelqu’un était venu pendant les deux semaines, sans nul doute le meurtrier.
- Vous avez vu la personne qui a changé les fleurs ?
- Non. Je suis peu souvent dans ce cimetière.
- Oui, certaines choses sont plus intéressantes, ne put s’empêcher de dire James, un petit sourire au coin des lèvres.
Le prêtre étouffa un hoquet mais ne répondit pas.
- Alors ça serait elle que l’institutrice nous a indiquée ? Questionna Caith.
- Oui. Dire qu’on avait tout sous les yeux mais qu’on a rien vu. Ça me rend malade, cracha l’inspecteur entre ses dents. Est-ce que Elene McDougan est déjà venue ici, devant cette tombe ?
- Non. Elle n’est même jamais venue dans ce lieu. Maintenant que j’y repense, elle n’est pas venue prier pour son fils alors que la famille est très religieuse. Ce sont des piliers de la communauté et ils n’auraient jamais permis que son fils épouse une femme n’ayant pas la même confession qu’eux.
- Merci beaucoup pour cette précision. Caith, on y va. Nous avons du travail.
Ce fut Caith qui dit au revoir au prêtre pendant que son supérieur s’éloignait déjà. Les petits changements chez lui ne portaient pas vraiment sur la politesse et l’expression. James attendit tout de même le jeune homme à la voiture avec un petit sourire en coin satisfait. C’était celui qui tenait son coupable, ainsi que le mobile, il ne restait plus qu’à arrêter le coupable.
- A cette heure-ci, elle doit être au pub, dit James, une main sur le micro de son portable pendant qu’il attendait que la personne au bout du fil veuille bien décrocher pendant qu’il donnait ses instructions à Caith. Fais venir une voiture à leur résidence.
- Ok.
Pendant que James donnait ses instructions par téléphone, Caith faisait de même tout en regardant autour de lui. Son futur nouvel appartement se trouvait qu’à quelques pas d’ici et il lui tardait mardi afin d’emménager. Ne plus être à la merci de quelqu’un, être libre. Puis il remarqua que peu de monde était présent dehors à se promener par cette belle journée. Piqué par la curiosité, il fit quelques pas avant de rentrer dans une personne, manquant de peu de la faire tomber. Le jeune homme la retint par le bras tout en s’excusant de sa maladresse, James n’avait même pas remarqué son absence auprès de la voiture.
A la différence de James, Caith avait toujours la mémoire des visages et des noms et il avait reconnu sans peine la vieille dame qui tenait le bureau de poste. Sa méfiance envers les « étrangers » l’avait profondément marqué, de même que les commérages qu’elle se livrait sur le prêtre du village.
- Vous êtes le jeune inspecteur de police de la dernière fois ? Demanda en remettant en place sa veste et son chignon de cheveux gris, la vieille dame.
- Oui madame. Je vous prie de bien vouloir excuser ma maladresse. Je ne faisais pas attention.
- Ce n’est rien. Vous avez enfin arrêté quelqu’un pour les meurtres ?
- Non.
- Mais alors qu’est ce que vous faites ? Vous êtes payé à rien faire dans la police ? Questionna-t-elle avec une légère marque de mépris dans la voix.
- Certaines choses sont moins simples qu’il peut paraître au premier regard, répondit la voix grave de James, marquant de faire sursauter Caith tant il ne l’avait pas senti arriver.
- Je n’en doute pas, lui répondit-elle sur un ton mièvre.
Aussitôt passé cet effet de surprise la vieille dame le bombarda de questions auquelles l’inspecteur n’avait aucune intention de répondre. Par contre, selon elle, le couple McDougan, ainsi que leur fils, était parti dans la famille de la femme dans le nord du pays afin de respirer loin des derniers événements. James ne voulut pas accorder de crédit à ses racontars, des fois très utiles, des fois très inutiles quand une vieille dame veut se rendre intéressante.
Ce n’est qu’une heure plus tard, quand toutes les forces de polices voulues s’étaient déployées afin d’arrêter la suspecte qu’il eut la confirmation que certains ragots pouvaient être bons. Même s’il se contenait, James bouillonnait de fureur mais il avait du mal à ne pas la passer sur tous ses collègues. Cependant il devait rester maitre de la situation et agir en conséquence. La petite famille était bien dans le nord du pays mais dans une région autonome où il n’avait pas autorité pour intervenir et où les autorités mettaient du temps à mettre en place le même système de police, cependant il était arrivé à joindre le mari pour dire qu’ils devaient rentrer au plus tôt pour répondre à quelques questions qui ne pouvaient être résolues par téléphone. Il se trouvait coincé car il n’avait que des suppositions et des preuves de second degré, pas assez pour demander l’intervention, même pas une surveillance. Il ne restait plus qu’à espérer et à réunir les pièces du dossier, expliquer le pourquoi d’une telle action.
Il passa son weekend à ça, pendant sa garde, ainsi qu’à finir deux rapports pour la cour en vue de la tenue prochaine des assises.
Pendant ce temps, Caith se tenait le plus loin possible de lui, ne rentrant que très tard après avoir passé la soirée chez Maël. Bien qu’il ne disait rien sur la situation qu’il vivait, son ami pouvait sentir une tristesse se dégager de lui, et lui tirer les vers du nez relevait plus de l’exploit qu’autre chose. Le dimanche soir, il avait trouvé James, assis, endormi sur la table au milieu de dossiers d’enquêtes en cours. Ses traits étaient tirés en fatigue, à défaut de grandes rides du temps passant, de grandes poches se formaient sur ses yeux. Un peu par pitié et un peu par compassion, Caith, après s’être délesté de sa veste, prit le plaid plié sur le dossier du canapé, le déplia et lui mit sur les épaules. Même si le printemps était là, on n’était jamais à l’abri d’un courant d’air. Une fois dans la chambre, allongé dans le lit, il se demandait pourquoi il avait eu un tel geste puis dériva vers la pensée qu’Elene, qu’il pensait connaître, puisse être la coupable cherchée pour les meurtres et les cambriolages.
Ce fut avec bonheur qu’il accueillit lundi, jour de renouveau pour lui qui commença par une bonne nouvelle pour lui, sa nouvelle propriétaire n’avait appelé pour passer chez le notaire afin de signer les papiers et qu’il pouvait emménager tout de suite, chose qu’il n’avait prévu de faire que le lendemain.
Pendant ce temps, James tourna comme un lion en cage. Il n’avait pas de nouvelles du couple MacDougan pourtant il n’avait pas de signe qu’ils voulaient quitter le pays. Ce dernier faisait surveiller les mouvements de leurs différents comptes en banques sans grand succès.
ooOOoo
Ce fut avec un grand soupir de soulagement et de fatigue qu’il finit de mettre la dernière touche à une étagère du salon. Il recula pour admirer son œuvre, fier de lui. Le bricolage avait toujours été une seconde nature chez lui, aimant travailler le bois, sentir les nervures sous la paume de la main. Puis il ouvrit un carton situé à deux pas de lui pour en sortir une dizaine de livres qui trouva tout de suite sa place.
Son nouveau logement était petit mais il se dégageait une impression de chaleur dans toute l’habitation. Toute l’après-midi, ils avaient installé les meubles principaux pour vivre, le reste était laissé aux bons soins du jeune homme. La petite cuisine, seul élément assez dépareillé dans l’ensemble puisqu’elle sortait tout droit d’un film des années soixante-dix. Les placards étaient relativement vides, il y avait peu de vaisselle, trois poêles et casseroles et un régiment de sauces et de pâtes. Sa principale nourriture pour les prochains jours dans l’attente de futures courses. Caith ne remercierait jamais assez Maël et son compagnon pour l’aide apportée. Il avait finalement moins d’affaires qu’il pensait dans le garage de son supérieur. Il ne restait plus qu’à lui rendre sa clé au travail, tout serait terminé. La distance serait de nouveau là ainsi que la sécurité.
Tout en remplissant une grande casserole d’eau, il ne pouvait s’empêcher d’y repenser ainsi qu’à sa principale enquête. Tout était un entre-las de questions sans réponses jusqu’à faire déborder le verre plein. Ce n’était pas le seul puisque la casserole subissait le même sort. Il reversa un tiers d’eau dans l’évier, ajouta un cube de bouillon de poule et mit le tout sur le feu. Les muscles de ses membres commençaient à le faire souffrir, tirant de tous les côtés, le contrecoup de ses efforts de la journée. Avec une légère grimace à cette pensée, il était bon pour se frictionner le corps avant d’aller se coucher. Cela lui rappelait quelques lendemains de missions où son corps lui criait de se mettre au repos après la forte tension et l’effort.
Au moment de verser sa part de pâtes dans l’eau frémissante, la cloche extérieure puis deux coups brefs à la porte interrompirent son geste. Il baissa au minimum le gaz puis alla à l’entrée. Rien qu’à la façon de faire, il savait déjà la personne derrière et il n’avait pas spécialement envie de la voir. Il était à se demander s’il devait lui ouvrir ou bien la laisser dehors. L’air extérieur se montrait plutôt clément ces derniers jours, cependant de nouveaux coups se firent plus insistants contre le bois.
La porte s’ouvrit sur James en veste, tenant sous son bras gauche un Ficus. Le jeune homme resta sans voix, non pas de sa présence ici mais de le voir avec une plante. La scène était plutôt anecdotique. Ce n’était pas son habitude.
- Qu’est-ce tu fais là ? Lui demanda Caith, le tutoyant de surprise, sans marquer la politesse.
- Bonsoir quand même. Les gens vont bien, les oiseaux chantent, le ciel est clair, lui répondit l’inspecteur avec ironie. La politesse, Caith, elle ne fait de mal à personne. Je suis venu te souhaiter une bonne installation.
Toujours cet air supérieur qui lui donnait l’envie de lui claquer la porte au nez mais l’attention, suffisamment anecdotique, lui fit faire le contraire. Comme à son habitude, due à son travail, James notait tous les détails déjà présents. Ce qui le marqua le plus, c’était l’absence de photographies. C’était généralement l’une des premières choses de sortie des cartons.
- Je suppose que tu restes à diner ?
- Puisque c’est si gentiment demandé. La disposition des pièces est pas mal.
- Merci.
- Par contre évite de choisir une femme comme Cindy, ça gâcherait le lieu.
- Merci aussi de me le rappeler, lui dit Caith en ajoutant les pâtes à l’eau.
Trois minutes plus tard, il les versait dans la passoire et rejoignait son invité pour demander ce qu’il faisait. Ce dernier s’était installé dans le seul fauteuil disponible du salon à l’observer.
- Tiens, je dois te rendre tes clés. Merci beaucoup pour l’hébergement, dit le jeune homme en lui tendant l’objet en question.
Mais James s’était levé en tenant la main sans pour autant prendre les malheureuses clés.
- Qu’est-ce que j’en ai à faire ? Répondit-il avec une soudaine colère avant de lui saisir le poignet tendu d’une main forte.
Il lui glissa son autre main derrière la nuque afin de l’attirer à lui et de l’embrasser. Trop surpris pour avoir la moindre réaction, il se laissa faire telle une poupée de chiffon avant de le repousser brusquement, s’essuyant la bouche du revers de la main avec un regard de défiance. Un silence pesant s’installa. Caith chercha une réponse à travers les yeux verts de son invité mais n’eut rien mis à part une lueur de désir vivace et dansante. Le repas attendait dans la pièce d’à côté. Ce serait froid au moment où ils le mangeraient car Caith, après sa répulsion, s’avança vers James et mit ses bras autour de son cou. Un baiser passionnel s’en suivit, proche de couper le souffle aux deux protagonistes. Bien vite, il se trouva collé au mur nu derrière lui, une jambe entre les siennes à chercher son souffle. Toutes ses bonnes résolutions avaient filé comme le vent.
ooOOoo
Une voix lointaine le tira de ses songes agréables et le fit tourner en lui faisant faire un petit grognement de colère, désirant continuer à dormir quelques heures. Cependant, un mur chaud, à la texture différente de ses draps fit se réveiller Caith un peu plus jusqu’à ce qu’il se rappelle de la nuit qu’il avait passé et en vint à se demander comment ils avaient fait pour atteindre la chambre, le matelas posé à même le sol, attendant quelque chose de mieux. Puis une main rugueuse se posa sur sa tête et caressa doucement ses cheveux courts tandis qu’une odeur de fumée lui provenait au nez. James avait allumé une cigarette.
- Tu fumes à nouveau ?
James prit un petit récipient à côté du lit pour faire tomber les cendres s’accumulant au bout de la tige blanche puis le reposa à terre. Il continua à tirer sur la cigarette tout en continuant sa caresse sans pour autant jeter un regard vers Caith.
- Je crois que je n’arriverai jamais à arrêter. C’est un désir plus fort que tout.
- Tout comme celui qui fait qu’on couche ensemble ? Lui demanda le jeune homme parfaitement réveillé.
- Je dois aller sur les lieux d’un cambriolage. Je viens d’être appelé.
- Tu prends le temps de fumer une cigarette mais pas de parler.
L’attaque était nette, directe mais Caith voulait des réponses qu’il n’était apparemment pas prêt à avoir puisque James rejeta les couvertures sur lui dans l’intention de se lever. Rapidement, il mit la main sur son boxer et continua le jeu de piste à travers le cottage pour s’habiller avec les vêtements de la veille. Avec un grognement exprimant tout son mécontentement, Caith fit de même en regardant le ciel à travers la fenêtre de sa chambre. Ce dernier était déjà clair sans que le soleil ait montré ses premiers rayons. Un bref coup d’œil à son portable l’informa des sept heures trente du matin et son ventre se mit à faire entendre des signes de sa faim. Le repas de la veille était bon à jeter. Quand il descendit, il vit son supérieur regarder à travers les fenêtres du salon avec un air plus intéressé que lui par le temps de la journée.
- James, il faut vraiment que nous parlions. Ça ne peut…
- Nous verrons cela plus tard, fit le concerné sans le regarder et lui intimant l’ordre de se taire d’un geste de la main. Il y a pour le moment, plus intéressant dehors.
L’ego de Caith fut profondément blessé par cet ordre mais il ne put s’empêcher d’aller voir qui il regardait. Sa surprise fut de taille car Bradan McDougan se tenait devant le portail de bois marron de son cottage. Les paroles de l’institutrice à son sujet lui revinrent en mémoire, un frisson ne put s’empêcher de lui remonter la colonne vertébrale.
- Le pauvre homme, se mit-il à penser, cependant il alla ouvrir sa porte pour aller à sa rencontre, suivi de près par l’inspecteur.
Ce dernier avait les traits tirés, des cernes marquant de nombreux jours au sommeil agité. Un semblant de soulagement sembla lui apporter une lueur de vie.
- J’ai cherché à vous joindre de partout avant que mon frère me dise où j’avais des chances de vous trouver, dit l’homme à l’adresse de James. J’ai des choses importantes à vous dire.
L’inspecteur fit un geste de la tête à Caith comme pour lui demander s’il pouvait faire entrer dans le cottage. Il fut surpris d’une telle demande alors que d’habitude, il l’aurait mis devant le fait accompli.
Cependant, l’inspecteur n’eut pas le temps de faire le moindre autre geste, il s’écroula à terre brusquement, face contre terre, suivi de près de monsieur McDougan dans la même position. Caith se mit à regarder nerveusement autour d’eux sans rien voir tout en interpellant les deux hommes qui ne répondirent pas. Un semblant de panique commença à le saisir quand il vit une mince tache de sang glisser sur les pierres de son allée, provenant de James. Doucement, il lui saisit les épaules dans le but de le tourner pour constater l’ampleur des dégâts. Ce dernier respirait toujours mais difficilement. Caith reconnut sans mal la blessure par balle, imbibant de sang foncé sa chemise, proche de la zone du cœur.
Aussitôt, il sortit son portable qu’il avait mis quelques minutes plus tôt dans une poche arrière de son jean et appela les urgences, le poste avant d’aller voir l’état de l’autre. Malheureusement, pour lui, sa vie venait de se terminer par une balle en plein cœur, sans un bruit.
Sans même une enquête approfondie, il savait qui était l’auteur de ce crime, il n’attendait que l’arrivée des services pour aller faire son travail, la mort dans l’âme. Cependant quand les secours furent arrivés, le jeune homme mit un point d’honneur à avertir son ami pour cette terrible nouvelle. Il s’assura que James fut bien parti avec l’ambulance, l’autre corps envoyé à la morgue, aux bons soins de Léo.
Les deux portes à battants s’ouvrirent brusquement, marquant de faire sursauter Caith, déjà fatigué par de longues heures sans sommeil et nerveusement exténué par la garde à vue. Le chirurgien, l’un des meilleurs du comté, portait encore sa tunique bleue du bloc, un dossier sous le bras. Il informait le policier que l’inspecteur avait frôlé de peu la mort mais il était tiré d’affaire.
Bonsoir à tous.
J’espère que cette lecture vous a plu. Le prochain chapitre de cette histoire mettra un peu plus de temps à venir que prévu, lié à des changements dans la vie privée. cependant, pas de crainte, cette histoire sera finie pou vous lecteurs. ^^
Bises à vous.
Mots-clefs :Caith, Chapitre 13, James, Les landes de la vengeance, Perriline, Petites morts
Publié par Perriline le 24 mai 2010 dans
Les petits riens [blablas]
Bonjour à tous
Non, non. Le titre ne veut pas dire que le site se met en hiatus mais qu’il revient après une longue absence.
Comme vous avez pu le voir, le site est tombé en panne suite un vilain petit virus dans la base de données. Maintenant, ce problème est réglé et tout est de nouveau en place. D’autre part, au cours de ces derniers mois, je n’ai pas eu le temps, ni l’envie d’écrire. Cette pause fut des plus bénéfiques. Cependant depuis quelques jours, j’ai repris l’écriture avec pour mot d’ordre de finir les histoires commencées (par respect pour vous, lecteurs), ce qui sera le cas pour les Landes de la vengeance au cours du mois de juin ou début juillet. Depuis, ce sera une alternance de chapitres entre Le temps d’un été et Le trône ensanglanté.
Merci encore de votre patience et bonne lecture
Bises
Mots-clefs :Perriline
Publié par Perriline le 13 jan 2010 dans
Chansons et autres bizareries
Bonjour à tous ceux qui passent ici.
A défaut d’un nouveau chapitre des Landes, je vous propose une petite nouvelle. Certains d’entre vous la connaissent peut-être via le premier recueil de Délice citronné mais comme ceux-ci ont fermé, je tiens à vous faire partager ce texte dont j’ai repris les droits. Pour ce qui est des autres histoires, elles ne sont pas abandonnées, loin de là. Juste un petit syndrome de la page blanche qui fait que j’écris peu en ce moment.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Instant Fugace
A mon père…
Tout amour pense à l’instant et à l’éternité, mais jamais à la durée…
Nietzsche
Dans un ciel d’un bleu azur, un soleil de plomb frappait en cette journée de la fin du mois de juin. Le chant des cigales avait déjà depuis longtemps remplacé le chant des oiseaux, abattus par cette chaleur. Cette quiétude fut troublée par les cloches d’une église. Des cloches qui battaient à un rythme lent et ordonné. Dans cette église, un enterrement venait de se terminer.
Un cercueil de chêne laqué, porté par quatre hommes en costumes noirs, sortit en premier sur les marches usées de l’église. Derrière, le cortège commençait à se former, avec la famille en pleurs en premier, les amis et les connaissances ensuite. Après vinrent les quelques personnes restées en retrait de cette douleur palpable.
Tout ce monde se mit en route pour faire à pied la centaine de mètres qui les séparait du cimetière. Le cortège était silencieux. Seul le claquement des chaussures sur le goudron se faisait entendre. La mise en terre fut solennelle et recueillie. La femme et la fille du défunt posèrent un lys rose pâle et un poème lu quelques minutes auparavant dans l’église.
Comme à l’extérieur de toute cette tristesse, un homme attendait sous l’unique point d’ombre disponible, un cyprès plusieurs fois centenaire, au milieu des pierres tombales de marbre et de granit clair.
Cet homme était habillé d’un costume léger gris clair dont il portait la veste sur un bras replié et une petite besace sur l’autre épaule. Sa chemise blanche à manches courtes était légèrement déboutonnée au niveau du cou, lui permettant de ne pas étouffer par cette chaleur sèche. Quelques mèches de cheveux bruns foncés se perdaient sur son visage dont les traits et les yeux marrons ambrés exprimaient toute la fatigue d’avoir passé une journée entière dans les transports pour venir assister à cet enterrement. Même si rien à l’extérieur ne montrait sa sincère peine, elle criait, hurlait au plus profond de lui.
Une vieille dame, après avoir mis une poignée de terre sur la bière, eut un faible sourire en voyant cet homme en retrait et alla le rejoindre, le reconnaissant malgré les années passées.
- Cela lui aurait fait plaisir de te voir, Nathaniel, dit la voix étonnamment claire de la vielle femme.
- Je n’en suis pas sûr.
- Si. Il me parlait souvent de toi. Mais il est particulièrement triste de te revoir dans ces circonstances. Dis-moi, tu as un endroit où dormir ? Je ne pense pas que tu vas rentrer sur Londres ce soir.
- Non. Je pensais prendre une chambre dans l’hôtel du village et repartir demain.
- Dans ce trou à rat ? Hors de question.
Elle lui saisit un poignet et l’entraîna à sa suite, hors du cimetière.
- Tu viens à la maison. Il y a toujours eu de la place. Et puis, c’est ce que mon fils aurait voulu.
Nathaniel ne trouva rien à redire et suivit docilement la mère de son ancien ami. Ils passèrent devant l’église, la mairie et l’école communale sur le fronton de laquelle on pouvait lire : Ecole de garçons, sur la rue principale. Ils changèrent de route à l’angle de la boulangerie pour prendre une ruelle composée d’habitations. Encore une fois, ils tournèrent pour arriver devant une maison bourgeoise du début du XXe siècle, toute en hauteur. Les murs extérieurs étaient en briques rouges, plein de colonnades blanches et aux fenêtres en croisillons. Sur les côtés latéraux de la demeure, le lierre avait pris ses aises et gagnait un peu de terrain d’années en années. L’homme promena son regard sur le porche en fer forgé qu’il avait vu tant de fois lors de sa jeunesse en venant dans cette maison.
L’intérieur était exactement pareil qu’à sa dernière visite, quinze ans auparavant, l’avant-veille de sa rentrée universitaire. Seules les fleurs et les photos étaient différentes, bien qu’elles conservaient les mêmes vases et cadres photos vieillis. Une odeur de tarte aux poires et aux myrtilles, cuisinée un peu plus tôt pour le thé, embaumait les pièces et rappelait à Nathaniel des souvenirs d’une enfance heureuse. La vieille dame le conduisit à l’étage des chambres où elle lui montra la chambre d’ami où il allait passer la nuit, une pièce toute simple, dans les tons vert thé et blanc perle. Tout sentait le rustique et l’ancien mais le confort et la chaleur y régnaient. Il posa sa besace sur le lit aux vieux ressorts avant de faire un tour du propriétaire.
Plus tard, après un dîner des plus copieux, tous deux s’installèrent sur un banc, dehors, à profiter de la douce tiédeur des soirs d’été. Nathaniel trouvait la vieille femme, qui était aussi la mère du mort, très digne dans sa peine. Très loin des grandes effusions de larmes qu’il avait pu voir dans l’après-midi, sa peine était intérieure, comme la sienne. Ils passèrent deux bonnes heures à passer en revue ce qu’étaient devenus les gens du village, village dans lequel il n’avait pas mis les pieds depuis quinze ans. Puis elle retourna dans la maison pour allumer une lumière et revenir avec une petite boîte en bois laqué noir, ornée d’un paysage de fleurs dorées en filigrane. Elle la posa sur les genoux de l’homme avant de repartir.
- Crescent m’a donné cette boîte une semaine avant sa mort à ton intention. Comme s’il savait qu’il allait bientôt mourir.
Pour la première fois, une once de tristesse se sentit dans sa voix.
- Je savais …, dit-elle avant de passer le pas de la porte, laissant seul Nathaniel.
Il l’avait souvent vue sur le bureau de son ami sans chercher à savoir ce qu’il y avait à l’intérieur.
Des lettres. Des dizaines de lettres. Toutes étaient à son nom et timbrées mais aucune n’avait été envoyée. Une à une, il les ouvrit et les lut. Au fur et à mesure, des larmes coulèrent silencieusement pour s’écraser sur le papier noirci de mots, le ramenant des années en arrière, à quelque chose qu’il croyait avoir oublié.
Nathaniel rentrait pour les grandes vacances. Celles que toute personne étudiant attendait avec impatience pour tout oublier et essayer de nouvelles choses. Cette année-là, il avait vingt ans, plus exactement il allait les avoir fin juillet. Il rentrait chez ses parents, juste après avoir obtenu sa licence de droit économique qu’il suivait sur Paris. Contrairement à son habitude, il n’était que moyennement content de se retrouver dans le village de son enfance, se sentant coupable d’étaler sa réussite, alors que beaucoup de ses amis d’enfance s’étaient contentés de l’université de la ville d’à côté ou bien de trouver un travail car les parents n’avaient pas les moyens de payer leurs études.
Quelques jours après son arrivée en train pour trois mois de vacances, le jeune homme retrouva ses amis d’enfance lors d’une petite fête improvisée dans le bar du coin. Un des deux seuls au village.
Ils étaient quatre, cinq en comptant Nathaniel, à boire bière sur bière en racontant les dernières histoires sur les gens du pays. Baptiste était un grand gaillard de vingt-et-un ans, des plus simples et banals, aux cheveux blond clair et aux yeux marron. Il avait commencé à reprendre la ferme familiale suite à un petit scandale dans le village, un an plus tôt. Il avait mis enceinte une fille à peine âgée de dix-huit ans mais il avait assumé sa paternité. Son frère Loïc était d’un an son cadet et son portrait craché. Il suivait son petit chemin dans la fac locale, cherchant à devenir instituteur. Il y avait une fille, la seule de la bande, Lise. Elle était secrétaire à la marie suite à l’arrêt de ses études pour des raisons purement financières. Âgée de vingt ans, c’était un joli brin de fille qui faisait tourner beaucoup de têtes jeunes et plus âgées, ne refusant jamais une bonne partie de jambes en l’air mais elle s’était quelque peu assagie depuis les deux derniers mois, car elle fréquentait régulièrement Crescent, le dernier de la bande. Il avait le même âge que Nathaniel et était son plus proche ami. L’enfance passée ensemble les avait liés de façon irrémédiable bien que des petites dissensions avaient fait leur apparition et les avaient quelque peu éloignés l’un de l’autre. Sa carrure athlétique, ses cheveux noirs de jais et ses profonds yeux marrons à la limite du gris de Payne faisaient des ravages parmi la population sans qu’il n’y prête une réelle attention. Cela n’était pas sa préoccupation première. Avoir le niveau dans sa section d’architecture était plus important pour lui.
Tous avaient pris des chemins différents mais leur amitié les liait comme un fil de soie incassable.
Nathaniel se rappelait que lors de ce soir-là, les choses avaient commencé à changer de façon radicale.
Il était dans les environs de vingt-trois heures et Baptiste revenait à leur table, les bras chargés de la dernière tournée de bière qu’ils s’offraient de la soirée avant de retrouver, tant bien que mal, leur lit. Loïc et Lise avaient décidé de faire rire tout le monde avec les dernières blagues dont ils avaient pris connaissance tandis que les autres essayaient d’avoir une conversation des plus sérieuses mais sans grand succès. Nathaniel réprima un hoquet dans sa chope de bière quand il sentit un pied perfide remonter lentement le long de sa jambe droite et s’attarder un court instant sur son entrejambe avant de se retirer aussi soudainement qu’il était venu. Il jeta un œil interrogateur à Lise qui se trouvait en face de lui avec Crescent. Il se dit que la jeune femme ne manquait pas de culot pour faire ça bien qu’ils avaient par le passé partagé quelques moments ensemble. Normalement ça ne lui aurait rien fait mais là, il était frustré sexuellement parlant. Il n’avait pas touché une femme depuis six mois à cause d’un lourd programme universitaire, mais il n’y avait pas que cela. Intérieurement, il était en quête de nouvelles choses sans avoir le courage réel de les tenter. Une légère grimace passa sur son visage quand il pensa à cela. Plusieurs fois le pied revint à l’attaque avant que tous ne se lèvent pour regagner leur habitation respective. Il fut surpris de voir que Lise ne cherchait pas à lui parler ou à s’isoler avec lui. Il rentra chez lui, plus que troublé.
Une semaine et demie s’écoula, pendant laquelle Nathaniel ne cessa de repenser à ce petit incident, tournant et retournant ses pensées dans tous les sens sans trouver une réponse. Mais il trouva à la place un petit travail qui consistait à cueillir les framboises et les abricots chez les fermiers du coin. Cela lui ferait un peu d’argent et lui permettrait d’occuper ses journées d’oisiveté. Sa peau commençait à se couvrir d’une jolie couleur cuivrée, le rendant plus attirant encore. Il prit goût à flirter avec les ramasseuses sous le regard désapprobateur de Crescent qui travaillait aussi avec lui. Celui-ci n’avait jamais vraiment aimé qu’on s’amuse avec les filles, à leur faire espérer quelque chose, mais Nathaniel n’en avait cure, souhaitant plus que tout s’amuser. Après tout, il était en vacances et ses autres amis partageaient son point de vue sur la question mais cela l’attristait que son meilleur ami fasse la tête pour un si petit détail. Trois jours plus tard, la veille de la fête nationale, Baptiste et Loïc organisèrent une fête dans une grange aménagée à cet effet. Elle était bien en dehors du village, perdue au milieu des champs de blés mûrs. Une trentaine de personnes étaient présentes : tous des amis qui avaient fait leurs classes ensemble de la maternelle au lycée. Aux alentours de cette bâtisse, des tentes avaient été plantées pour éviter aux gens saouls de prendre les petites routes de campagne afin d’éviter tout accident.
Les festivités débutèrent tôt, vers les vingt heures, et deux heures plus tard, la moitié des personnes était déjà bien mal ou avait vomi une fois, aidée en cela par la circulation de certaines substances illicites. Assis sur un canapé défoncé, où à côté de lui, un couple nouvellement formé commençait à jouer les sangsues, Nathaniel s’ennuyait un peu sans savoir d’où cela pouvait venir. Pourtant l’ambiance était là, il était bien au niveau de l’alcool, de bonnes musiques faisaient le fond sonore en plus des rires, mais ça n’allait pas. Crescent non plus ne s’amusait pas, Lise étant plus occupée à draguer un de ses anciens camarades de classe qu’à lui tenir compagnie. Après tout, il s’en foutait, ils n’étaient pas mariés. Baptiste était occupé à l’extérieur de la grange à se disputer avec sa compagne à propos d’un oubli quelconque et Loïc était dans un coin avec deux copains à tirer sur un joint qu’ils faisaient tourner entre eux. En poussant un profond soupir Nathaniel se leva pour sortir de la grange mais il s’arrêta devant son meilleur ami.
- Ca te dit de sortir d’ici. J’en ai un peu marre. On pourra parler un peu, dit-il avec une esquisse de sourire.
- Ok.
Au départ, ils voulurent se poser dans le champ où les tentes avaient été plantées mais des bruits les en dissuadèrent rapidement. Au lieu de cela, ils prirent la petite route de campagne au goudronnage vieillissant, pour se perdre ensuite dans les cultures pas encore battues. Bien que le manteau du ciel fût des plus sombres avec pour seule lumière les multitudes d’étoiles brillant d’une pâle lueur, une chaleur bienveillante s’élevait de la terre, chauffée par un fort soleil tout au long de la journée.
- Là, souffla Crescent avant d’abattre sous son poids un carré de grandes fougères mâles, à côté d’un champ de blés pas encore battus et d’un petit ruisseau d’eau pure.
Nathaniel le suivit en faisant attention de ne pas s’asseoir sur le jeune homme. Un silence propice à la réflexion s’installa entre eux.
- Depuis combien de temps on ne s’est pas vu vraiment ? Demanda Crescent.
- Je ne sais pas mais ça fait un long moment. Au fait, pourquoi tu ne dis rien pour Lise ? Vous êtes ensemble, non ?
- Oui, de temps à autre mais ce n’est pas le plus important. Qu’est-ce que tu as fait cette année ?
Nathaniel croisa les mains derrière sa tête puis s’allongea dans ce tapis moelleux et presque doux et se mit à raconter de long en large son année passée à la capitale. Une légère brise chaude se leva pour faire danser les herbes hautes et les blés dans un mouvement souple.
Une main un peu rugueuse glissa sur sa joue et des lèvres tremblantes se posèrent sur les siennes. Elles avaient encore le goût de l’alcool bu un peu plus tôt dans la soirée. Malgré lui, Nathaniel répondit à cet échange hésitant comme un premier baiser d’enfant mais à la saveur incomparable. Ils eurent à peine le temps de reprendre leur souffle que déjà il attirait de nouveau les lèvres de Crescent aux siennes par une main autoritaire mise sur sa nuque.
Sans se poser de questions et sans échanger de paroles, les deux s’effeuillèrent maladroitement comme des adolescents ayant leur premier rapport. Crescent étouffa de petits bruits quand les mains de son meilleur ami firent connaissance avec son corps et quand il lui procura un grand plaisir avec une fellation qui l’amena aux septièmes portes du paradis. Nathaniel ne se contrôlait plus. En temps normal, toucher une parcelle d’homme de cette façon l’aurait répugné au possible mais pas là. Sa frustration l’aidant, il fit une croix là-dessus pour se faire la victime de ses propres sens. Crescent l’enivra avec des mains caressantes, des gestes osés, ode à la luxure.
Toujours allongé sur les fougères fraîches, Nathaniel se laissait faire comme une poupée, trop en proie à son plaisir, mais il eut un soubresaut et fit une légère grimace quand il sentit un étau de chair très serré s’abattre sur son pénis dressé. Une respiration douloureuse et une larme tombant sur son torse lui laissèrent deviner la douleur de Crescent dans cette pénétration sans douceur qu’il avait voulu de son plein gré. Il tendit ses mains pour rencontrer le visage de son ami et l’attirer à lui pour l’embrasser. Petit à petit, son bassin fit de petits mouvements lents, essayant d’être à l’écoute de son partenaire mais très vite il fut pris par son propre plaisir, jouant sur un rythme lent ou rapide. Sans le toucher, il réussit à lui faire perdre pied et à le faire venir avant lui. Ce corps parcouru de frisson l’acheva, le plongeant lui aussi dans un orgasme plus voluptueux que fugace. Quelques minutes lui furent nécessaires pour revenir sur terre mais Crescent l’y aida en recommençant ses caresses et ses baisers bien placés. Nathaniel le saisit pour le coucher sous lui et recommencer une seconde fois.
Ce fut la rosée du petit matin et sa fraicheur qui le réveilla. Il était seul. Tout son corps l’élançait à cause d’une mauvaise position prise pendant la nuit et le fait de dormir pratiquement nu au milieu de la végétation. Péniblement, il se leva et s’habilla de ses vêtements humides tout en regardant les marques rouges qui étaient à portée de ses yeux. Quelques unes étaient des traces de piqûres de moustiques et les autres des traces d’un instant de plaisir entre deux amis qui n’en étaient plus vraiment. Il quitta cet endroit qui avait été hors du temps pendant une nuit pour regagner la route et se prendre de plein fouet la réalité. Sous les premiers rayons d’un soleil qui s’annonçait brûlant dans la journée, il marcha cinq bons kilomètres, laissant son esprit se poser des questions sans réponses, se souvenant encore du plaisir qu’il avait pris entre les cuisses de son meilleur ami. Quand il rentra, ses parents ne lui posèrent aucune question, ayant l’habitude de le voir rentrer avec les rayons du matin quand il était en vacances et qu’il ne travaillait pas dans les champs.
Une semaine passa sans qu’il n’arrive à parler de ce qu’il s’était passé avec Crescent, soit parce qu’il était accompagné, soit parce qu’il ne trouvait pas les mots à dire, jusqu’à un matin où ils avaient à s’occuper tous les deux d’un champ de framboisiers, prêts à livrer les petits fruits à leurs petits bacs en bois fin. Nathaniel se mit à côté de son ami pour l’aider.
- Dis, pourquoi tu étais parti au petit matin ? Demanda-t-il, sans détour.
- Parce que je ne voulais pas voir ta tête au réveil, suite à cette petite expérience
- Petite expérience ? C’est bizarre comme petite expérience que de coucher avec un ami.
- Je voulais tenter ça et tu m’as semblé idéal
- Comment ça ?
Crescent allait répondre, mais des gens vinrent les interrompre pour les aider à faire la cueillette. Ne sachant pas ce qu’il lui prit, Nathaniel invita son meilleur ami à passer dans l’après-midi pour s’expliquer sur ce qu’il s’était passé entre eux, ce que Crescent accepta. Dans l’après-midi, le jeune homme fut terrassé par une soudaine fatigue qui le fit dormir pendant plusieurs heures de suite. Son réveil fut instigué par de vigoureuses secousses. C’était Crescent. Les parents de son ami lui avaient ouvert et lui avaient donné pour mission de s’occuper de leur fils pendant qu’ils allaient rendre visite à des connaissances. Nathaniel s’assit sur le lit de sa chambre qui portait encore des couleurs enfantines, se massa les yeux et les tempes, en proie à un fort mal de tête, tout ça sous le sourire moqueur de son meilleur ami. Pour se sortir des vapeurs du sommeil et être parfaitement frais pour une conversation-vérité, il alla sous une douche rapide. Mais ce qu’il n’avait pas prévu était que Crescent l’y rejoigne et lui fasse connaître la soumission du dominé sous l’eau tiède. Leurs batailles de corps se prolongèrent dans la fin de la journée, sur le lit une place. Le jeune homme n’avait pas vraiment de réponses à ses questions mais son corps était rassasié comme jamais auparavant. Il apprit que c’était Crescent qui lui avait fait du pied lors de la soirée au bar pour voir s’il était réceptif.
Les semaines qui suivirent furent pour les deux jeunes gens une occasion d’assouvir leur désir pour de nouvelles choses, une nouvelle ouverture. Dés qu’une idée leur passait par la tête, ils en faisaient part à l’autre, tentant de trouver un moment le plus rapidement possible pour satisfaire leur nouvelle lubie. Tous les lieux et positions y passèrent, inversant même les rôles. Ils étaient comme des sexfriends, en même temps liés par une vieille amitié. Ils s’étaient créés une sorte de bulle, isolée de tout mais qui resta fugace. Son éclatement fut aussi rapide que brutal car les heures, les jours et les semaines passèrent vite et septembre pointa le bout de son nez. Les grosses chaleurs se faisaient plus espacées et les gens préparaient la rentrée.
Nathaniel et Crescent n’en avaient pas parlé comme si c’était un sujet demeuré tabou entre eux, pourtant un malaise était né. Leurs étreintes se faisaient plus fortes, plus empressées, plus passionnées mais ils ne disaient rien, voulant ignorer le trouble qui serrait leur jeune cœur. Le jour du départ de Nathaniel pour la capitale, pour reprendre ses marques dans son environnement universitaire, arriva tel un couperet tranchant tout sur son passage. La veille, il passa voir Crescent chez ses parents pour lui dire au revoir et profiter une dernière fois d’une étreinte d’un instant mais celui-ci l’envoya sur les roses et passa ses nerfs sans raison sur lui, en ne lui disant qu’un simple au revoir sans le regarder. Nathaniel en fut blessé et sa blessure augmenta quand il ne le vit pas sur le quai de la gare du village. Bien qu’il fasse des grands signes à ses parents, le cœur n’y était pas et son visage se noua sous les larmes pendant l’heure qui suivit, comprenant qu’il venait de perdre son premier grand amour. Il s’en voulait de ne pas l’avoir vu plus tôt, préférant se noyer dans le plaisir de leur relation charnelle.
Il dut attendre trois semaines pour mettre en ordre ses sentiments et les coucher sur le papier d’une lettre de plusieurs pages qu’il envoya à Crescent. Il espérait une réponse quelconque, même s’il se faisait jeter mais elle n’arriva jamais. Après avoir cru un temps qu’elle avait été perdue par la poste, il prit le parti qu’il n’avait pas pris la peine de lui répondre, et ses espoirs de s’expliquer de vive voix pendant les vacances de Noël furent durement brisés quand ses parents lui apprirent à la fin du mois d’octobre qu’ils allaient déménager pour la Grande-Bretagne début décembre. Son père profitait d’une occasion de travail qui ne se présentait qu’une fois dans une vie.
Devant ce refus de communiquer et un sort qui s’acharnait sur lui, Nathaniel resta quinze ans sans nouvelles, devenant un requin de la finance sans réelle relation à part quelques liaisons, et il reçut un choc immense quand une lettre lui parvint, l’invitant à se rendre à l’enterrement de Crescent deux jours après. Ce fut la plus grande claque qu’il reçut de sa vie.
Les mains tremblantes et des larmes sans fin tombant sur le papier empli de mots, Nathaniel lisait les lettres. Toutes des réponses, des dizaines de réponses à la lettre qu’il avait envoyée quinze ans plus tôt. Crescent n’avait jamais trouvé le courage de les envoyer, par peur des sentiments qui s’abattaient sur lui, aussi sûrement qu’une tempête et aussi à cause d’autres choses. Son écriture exprimait ses doutes, son trouble, sa passion, son envie, son désir, ses sentiments et son amour. Le temps avait passé et fut perdu. Aucune promesse d’instant ou d’éternité ne résistait à celui-ci et c’était ce qui faisait le plus mal. Ce constat fut comme des poignards pour l’homme qui avait grandi. Pour la première fois depuis longtemps, il laissa parler et sortir toute sa peine refoulée. Pendant de longues heures, il se retrouva à pleurer sur le banc, des grillons chantaient encore sous la faible lumière du lampadaire du jardin.
Ce fut vers les deux heures du matin que Nathaniel trouva la force de se traîner jusqu’à son lit d’une nuit pour dormir d’une traite jusqu’au lendemain midi.
Après avoir remercié la mère de Crescent pour son hospitalité malgré cet évènement douloureux, il prit le chemin de la gare. Pendant qu’il marchait, ses pensées étaient encore perdues dans ses souvenirs. Il passa devant son ancienne maison. Bien que la façade soit toujours la même, le grand jardin avait changé de végétation et faisait la part belle à de nombreux jouets d’enfants multicolores. Ne voulant pas à nouveau pleurer comme il l’avait fait la veille, il se mit à courir très vite pour arriver à bout de souffle à la gare, tout juste rénovée pour lui faire revivre la splendeur du début du vingtième siècle.
Il composta son billet à une borne jaune qui fit des siennes puis alla sur l’unique voie sous une avancée de fer et de verre pour protéger les voyageurs du soleil violent de cette fin de juin. Une dizaine d’autres personnes attendait aussi le train régional pour prendre une correspondance dans une ville plus importante. Nathaniel se plaça au bord du quai, au-delà de la ligne de sécurité jaune. Le train arriva, diminuant peu à peu sa vitesse pendant que le chef de gare criait aux gens de s’écarter mais lui n’entendit pas cet ordre. Au contraire, il avança la pointe de ses pieds qui ne touchaient plus le sol dur et bascula en avant.
Des cris résonnèrent dans sa tête, une douleur vrilla son corps de part et d’autre et ce fut l’obscurité froide qui prit son être.
Comme un diable sortant de sa boîte et poussant un grand cri, Nathaniel se redressa dans son lit, faisant glisser son drap humide de transpiration sur ses cuisses. Ce rêve des plus réels lui procura des frissons de peur. Rien ne calma ses tremblements jusqu’à ce qu’une main tendre se pose sur son épaule gauche. La lumière d’une lampe de chevet vint éclairer la chambre. Nathaniel se tourna vers la personne qui partageait son lit.
- Qu’est-ce qu’il se passe ? Dit-elle d’une voix ensommeillée.
- Rien, Crescent. Rendors-toi.
- Non, ce n’est pas rien pour que tu aies crié comme ça.
- C’est rien.
Voyant que son amant n’avait pas décidé de lui en parler, il lui saisit le bras pour le renverser sous son corps que les années lui avaient façonné à la manière d’une statue de marbre. Traîtreusement, il glissa d’un geste direct une main sous le drap bleu pour prendre la virilité de son compagnon. Il lui imprima un mouvement qui ne la laissa pas indifférent longtemps, jusqu’à ce que Crescent la serre à lui en faire mal.
- Dis-moi de quoi tu as rêvé sinon je continue à te faire plus de mal que de bien.
- J’ai rêvé que tu étais mort et que j’allais à ton enterrement.
Son amant haussa un sourcil.
- Et que ta mère me donnait une boîte où il y avait toutes les réponses que tu n’avais jamais eu le courage d’envoyer. Et je revivais l’été de nos vingt ans.
Crescent retira sa main et la posa sur le torse de son compagnon avant de s’allonger totalement sur lui dans un geste amoureux.
- Ce fut le contraire puisque je t’ai répondu.
Il lui fit poser une main sur son cœur qui ne battait que pour une personne et pour lui prouver qu’il était bien vivant et à ses côtés. Leur relation était un instant fugace qui demeurait pour eux depuis plus de quinze ans.
FIN
Mots-clefs :Instant Fugace, nouvelle, Perriline
Publié par Perriline le 10 déc 2009 dans
Le temps d'un été

Baptiste essayait de garder son calme au milieu des monceaux de tissus, des litres de parfums mal dosés sur les peaux féminines. Il se demandait ce qu’il faisait là. Peut-être accompagner sa sœur à la boutique de robes de mariées pour l’aider à choisir la sienne, tel était le souvenir qu’il se rappelait en la voyant sortir de la cabine d’essayage dans une robe à volants et dos nu rouge et beige. Les vendeuses et couturières s’affairaient autour d’elle pour arranger quelques détails. Tout cela n’était pas la tasse de thé du jeune homme, mais il devait avouer que sa sœur avait fière allure. Il la trouvait magnifique. Pourtant, un je ne sais quoi faisait que sa robe n’allait pas avec son tempérament, ce qu’il ne manqua pas de lui faire remarquer. Cependant, il le fit de manière diplomatique en prenant les atouts physiques de sa sœur comme arguments de poids. Le jeune homme n’avait pas envie de voir arriver un horrible bonbon rouge à l’autel. Après de longues minutes de négociations, Isaline se rangea à son avis, partit à la recherche d’une nouvelle robe dans le vaste choix disponible sur le conseil de son frère.
Pendant ce temps, Baptiste sortit de la boutique à la recherche du buraliste du bout de la rue du Onze novembre. Il lui fallait un magazine pour tenir le coup, ce n’était pas l’affaire d’une petite matinée contrairement à ce que lui avait dit la jeune femme. C’était toute une journée qu’il allait devoir passer dans ce lieu si cela continuait ! Dieu qu’il aurait préféré être dans les champs, même sous la plus accablante des chaleurs ! Mais sa mère en avait décidé autrement, elle ne pouvait pas s’y rendre, occupée par une autre partie de l’organisation de l’événement.
Cinq minutes plus tard, un magazine littéraire sous le bras, Baptiste regarda à l’angle de la boutique où le marché du mardi débutait pour s’étendre sur la grande place de la mairie et quelques rues avoisinantes. Des multitudes de toiles de parasols aux divers motifs et couleurs recouvraient ce qui était ordinairement des pavés. Les étales portaient mille et une merveilles pour les yeux, les oreilles, l’odorat qui étaient plus que satisfaits. De douces odeurs d’épices méditerranéennes venaient chatouiller ses narines avant qu’il ne se rende compte que le stand se trouvait juste à côté de lui. D’autres avaient leurs étales croulant sous la charcuterie lyonnaise, les fromages des Alpes et des Cévennes, les liqueurs faites à partir des fleurs et des fruits de montagne et de la plaine, ainsi que du bric-à-brac des quincailliers, des objets de maison en bois façonnés par des artisans, et toujours de ces éternels attrape-touristes qui commençaient à affluer à L***. D’où il était, Baptiste apercevait quelques personnes de ses connaissances mais un grand cri de sa sœur le rappela à l’ordre. Elle se trouvait dans la rue, en corset et jupons, et exhortait son frère à venir reprendre sa place. Ce n’était plus la gentille et douce jeune femme de tout à l’heure.
Ce fut en trainant les pieds qu’il retourna à la boutique et à son fauteuil d’observation. Un mince espoir vint le titiller au moment où il ouvrit sa revue et qu’Isaline regagnait sa cabine avec un nouveau vêtement. Un bon quart d’heure après et des gros mots dans tous les sens, Isaline fit son apparition dans une robe bustier vert tendre noué dans la nuque par un nœud de soie crème, le reste de la jupe se composant d’une multitude de couches de taffetas à des longueurs variées pour donner une robe trainant par terre à l’arrière et d’une épaisseur qui ne la faisait pas ressembler à une meringue trop gonflée. Elle lui allait bien, comme une douce brise de printemps tout en montrant discrètement les formes qu’elle prenait petit à petit.
Cependant quelques petits détails n’allaient pas, sous les bras par exemple : une pliure mal placée au niveau de la taille, ou encore les ourlets du bas à reprendre de façon à ce qu’Isaline ne marche pas dessus avec ses chaussures à talons. À ce moment-là, la clochette de la porte d’entrée retentit et la mère des deux jeunes gens fit son apparition, les bras chargés de pochettes et de papiers. La patronne de la boutique, une bonne amie à elle, l’aida à se soulager de ses paquets.
- Mon Dieu, mais c’est pas la robe qu’on avait commandée pour toi, Isa, remarqua la mère tout en jetant un œil critique à la tenue.
- Je sais maman, mais après réflexion et un avis pour une fois pertinent de mon petit frère, l’autre ne m’allait pas. J’ai cherché et j’ai trouvé celle-ci qui me plaît mieux. En plus, elle est moins chère, répondit la jeune femme en faisant un grand sourire à sa mère et en lui montrant l’étiquette de son corset.
- Je sais pas ma chérie. Ça me plaît moyennement.
- Maman, déjà que vous m’obligez à me marier pour aller avec les convenances, je peux quand même choisir ma robe et certaines autres choses qui sont censées faire de ce jour, le plus beau jour de toute ma vie.
Un grand silence gêné prit place au milieu des personnes en présence face à la violence cachée dans ces mots, jusqu’à ce que la mère lâche un petit sourire nerveux. Tous le monde reprit ses occupations comme si de rien n’était sauf Baptiste qui dut abandonner son magazine au profit de documents que sa mère lui avait apportés. Plus tôt dans la matinée, elle était allée faire l’inscription de son fils au lycée de la petite ville pour son année de terminale. Les parents avaient décidé en accord avec leur enfant, qu’il ferait sa dernière année près de sa famille et de son environnement. La liste de ses fournitures et surtout des livres à lire pour la rentrée fut donnée au jeune homme.
- Tu as qu’à aller les acheter et revenir ici, lui suggéra-t-elle.
- Je rentrerai par mes propres moyens tout à l’heure, je passerai pas encore une heure dans ce magasin, c’est pas pour moi.
- Baptiste… Autrement tu nous attends devant la voiture dans une heure.
- Je vous connais trop bien toutes les deux pour savoir que ça durera plus longtemps. J’aurais plus vite fait de rentrer à la maison à pieds. Cinq kilomètres, c’est rien au final.
Beaucoup de parents auraient rappelé leur enfant à l’ordre, même administré une claque, mais la pauvre femme savait que cela ne servait à rien, qu’il ne rentrerait pas avec elles. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était lui donner les règles de sécurité habituelles. Cependant, il n’oublia pas de remercier sa mère en la serrant dans ses bras et en lui laissant un baiser sur une joue. Il prit les papiers à l’entête du lycée qu’il fourra dans sa vieille besace dénichée dans un surplus militaire et partit, content de quitter cet univers avec lequel il n’était pas vraiment familier et avec lequel il ne souhaitait pas vraiment l’être.
Il passa le reste de sa matinée à se perdre dans les rues du marché, à saluer les marchands habituels, à acheter une partie de la liste des fournitures, moins importante que dans le pensionnat. Malgré le fait qu’il se soit bien lié d’amitié avec certains de ses condisciples, ils n’arrivaient pas à lui manquer comme les autres. De temps en temps, il recevait une carte postale de leurs lieux de villégiatures avec des commentaires heureux. Dieu que Baptiste aimait l’insouciance des vacances d’été, des amours sans réel lendemain, des discussions jusqu’à point d’heure.
Ce fut vers les treize heures que le jeune homme se décida à remonter les cinq kilomètres de route sinueuse jusqu’au village. Elle était dangereuse à cause de deux virages serrés, souvent couverte de verglas lors des jours de gelée. Son regard se perdait dans les vastes étendues d’herbes où des animaux paissaient tranquillement, seulement soucieux de trouver de l’herbe et de l’ombre. Il commençait à voir le haut du village quand il entendit le bruit familier d’un tracteur plein, peinant à prendre la montée. Il ne put s’empêcher de tourner la tête afin de regarder qui montait la machine infernale. C’était le frère de Victorien qui remontait une remorque pleine de fruits. Ce dernier arrêta sa machine à hauteur du jeune homme, serra le frein à main puis l’invita à s’asseoir sur le protège-roue derrière.
- Tu viens d’où comme ça ? Lui demanda le frère de Victorien.
- De L***, ma sœur essaye sa robe de mariage et je devais être celui qui l’accompagnait pendant que ma mère m’inscrivait au lycée.
- C’est vrai que le mariage est pour bientôt. Ça sera sans nul doute une très belle mariée.
- C’est vrai que tu avais un faible pour elle, il y a quelques années, dit Baptiste pensif.
- Oui mais ça n’est jamais vraiment allé plus loin et c’est mieux comme ça. Sinon, ça y est, tu passes bien l’année ici ?
- Oui. J’ai déjà du travail pour la rentrée, continua le jeune homme en montrant fièrement son sac de livres.
- Il faut vraiment être taré pour lire autant de livres. C’est les vacances, Baptiste, profites-en pour sortir, t’amuser avec tes amis, vivre des amours de vacances, je ne sais pas, moi. Tu auras toute l’année scolaire pour te prendre la tête avec les cours, mais s’il te plaît, évite de mettre des idées à la con dans la tête de Vic, il en a déjà assez comme ça.
Cette dernière précision ne manqua pas de faire sourire le concerné.
- J’essayerai mais je promets rien.
- Je m’en doute mais on peut toujours demander. Oh merde, la vieille Suzon ! fit le fermier entre ses dents.
Baptiste perdit aussitôt son sourire pour le remplacer par une grimace. Cette personne âgée, habitant en face de la Mairie, était considérée comme une plaie vivante par tous les jeunes du village. Du haut de la fenêtre du premier étage de sa maison, elle scrutait toutes les allées et venues dans le village et se faisait un plaisir à colporter. De plus, quand on tombait dessus, il fallait des heures avant de pouvoir s’en défaire. En moins de temps qu’il fallait pour le dire, elle les interpella, obligeant le conducteur à arrêter son véhicule. Quand elle commença à parler de ce qui n’allait pas dans le village, le père de Baptiste eut la bonne idée de descendre la route pour aller à la rencontre de son fils car son épouse l’avait prévenu du dernier exploit du jeune homme. Ce fut avec un grand sourire que Baptiste abandonna son ami à son sort. Son père ne manqua pas de lui passer un sérieux savon avant de rentrer chez eux afin de préparer le repas qu’ils mangèrent tout les deux, les deux femmes de la famille n’étant pas encore prêtes de rentrer.
Ce weekend, un grand soleil frappait l’eau claire de la rivière où un grand nombre de personnes s’était installé sur les rivages sableux et les larges galets polis. Pendant que les parents se doraient sur les serviettes, les enfants et adolescents jouaient dans l’eau. Un peu au-dessus, il y avait l’accès à la route sur laquelle se trouvait le camping rempli d’hollandais et un bar-restaurant. La ville de L*** se trouvait à un kilomètre plus en hauteur. Ce lieu n’était pas seulement le rendez-vous des touristes mais aussi des jeunes du coin. Les idylles s’y nouaient aussi facilement qu’elles s’y dénouaient. Baptiste et Victorien avaient choisi ce lieu pour se faire la main comme ils avaient l’habitude de le dire. Le premier était allongé sur sa serviette posée sur une grande pierre tandis que le deuxième parlait avec intérêt à une étrangère blonde comme les blés et à la peau presque écarlate sous l’action du soleil.
Baptiste regardait distraitement des enfants jouer au ballon dans l’eau courant entre leurs jambes, plus occupé à observer la rive en face, où un petit bac de sable faisait le bonheur de certains jeunes couples sans aller au-delà de l’indécent. Il sentit un petit pincement quand il reconnut Irène tenant la main d’un garçon qu’il connaissait vaguement. Elle avait toujours été mignonne mais il trouvait que ces derniers mois lui avaient bien profité, plus qu’il ne l’avait pensé la dernière fois où il s’en était fait la remarque. Le tout était fort bien agrémenté d’un maillot de bain deux pièces noires en cache-cœur. La propriétaire lui fit un grand signe de la main dès qu’elle l’aperçut, et il le lui rendit. Au même moment, Victorien se laissa tomber à côté de lui avec un soupir de lassitude.
- Laisse-là tranquille, dit-il à l’intention de son meilleur ami. C’est toi qui l’as larguée et demandé de passer à autre chose.
- Je n’ai rien fait.
- Je connais ce regard, Baptiste. C’est celui du chasseur qui a une nouvelle fille en tête.
- Non.
- Regarde autre part. Ce n’est pas les autres filles qui manquent.
- Et toi ? Où est passée la blonde collante ?
- Fade, sans aucune saveur. Même pas un peu de résistance. Où est passé le défi quand tu n’as qu’à te glisser entre ses cuisses ?
- Vic ! s’exclama son interlocuteur mi-outré, mi-amusé.
- Ne fais pas ton choqué. Des fois, tu es plus vulgaire sur ce sujet. Est-ce que je dois te rappeler une certaine Hélène, l’année dernière, à la fin de l’été et de certains de tes commentaires ?
- Ça va, fit Baptiste se tournant, vexé.
Il entendit son meilleur ami rire derrière son dos avant que ce dernier se relève et parte se baigner. Ce qu’il n’avait pas vu, c’était que le jeune homme avait pris aux enfants leur saut en plastique et l’avait empli d’eau vive dans le but de le verser sur son meilleur ami. Un grand cri sortant de sa bouche se fit entendre et amusa beaucoup Victorien. C’était un des jeux de gamins qu’ils aimaient toujours faire, même s’ils étaient presque adultes. Baptiste se regarda ainsi que sa serviette trempée avant de se jeter sur le fauteur de troubles, et essaya de faire semblant de le noyer sans grand succès, car il lui manquait la force nécessaire pour prendre le dessus. Cependant sa colère passa bien vite pour le faire rire aux éclats, profitant même du point faible de son ami, les chatouilles. Aussitôt que des mains s’approchaient en bougeant un peu, Victorien était tout de suite plié de rire, le fou rire venant dés que la torture commençait. Sur la rive, à moitié les pieds dans l’eau et Baptiste assis sur lui, le jeune homme se tortillait dans tous les sens pour s’échapper jusqu’à lui intimer fermement l’ordre d’arrêter.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Baptiste en se relevant surpris par le ton employé et la brusquerie de son ami.
- Il faudrait peut-être arrêter ces jeux de gamins, tu penses pas ?
- Oui mais de temps en temps, cela ne fait pas de mal de s’amuser comme des gamins.
- Pas si sûr.
- Je peux savoir quelle mouche te pique là ? S’écria-t-il, ne manquant pas de faire retourner quelques têtes vers eux.
- Rien. Bon, tu viens ? J’aimerais quelque chose à boire au bar, lui répondit-t-il en désignant du doigt l’établissement plus haut.
Baptiste se contenta de hocher la tête à l’affirmative tout en se demandant pourquoi son meilleur ami venait d’avoir une réaction comme celle-ci. Il avait de plus en plus l’impression que leur amitié n’était plus la même, que quelque chose s’était perdu en un an. Peut-être le fait qu’ils grandissent les éloignait inexorablement. Baptiste n’en savait rien mais préférait ne pas y penser. D’autres choses plus importantes occupaient son esprit comme le mariage de sa sœur, reconquérir Irène mais surtout le Bal de la fête nationale. Il prit sa serviette mouillée, son sac empli de ses vêtements et se décida à monter la volée de marches le séparant du bar.
J’espère que ca vous a plu. Je m’étends pas dans de longs discours cette fois-ci, encore des partiels à réviser. La prochaine fois, c’est à dire vers noël, le nouveau chapitre des Landes déjà bien à la moitié.
Je vous fais pleins de bises.
Mots-clefs :3e Partie, Baptiste, Irene, Le temps d'un été, Perriline, Victorien